Effets sur la santé

publié le 21 décembre 2016 (modifié le 20 décembre 2017)

Etudier les effets sanitaires des radiofréquences ou plus généralement des champs électromagnétiques demande de recourir à un large éventail d’études relevant à la fois d’une approche expérimentale (on distingue les études in vitro portant sur des cellules et les études in vivo utilisant des animaux de laboratoire) et d’une approche épidémiologique. Les études épidémiologiques visent à évaluer la fréquence d’apparition d’une pathologie au sein d’un groupe de personnes exposées à un agent particulier (biologique, physique, chimique...).

Effets biologiques

Etudier les effets biologiques de l’exposition aux radiofréquences, c’est par exemple étudier leurs effets potentiels sur le système nerveux, sur le développement et la reproduction, le système cardiovasculaire, le système oculaire ou étudier le développement de cancers, etc. Observer un effet biologique sur la cellule et l’ADN par exemple, n’a pas obligatoirement comme conséquence un effet néfaste sur la santé. En effet, le corps humain, qui est soumis en permanence à de multiples stimuli, dispose de mécanismes biologiques d’adaptation. C’est le cas, par exemple, lorsque l’on pratique une activité sportive qui fait monter la température de l’organisme. Celle-ci n’entraîne un risque pour la santé que si les limites d’adaptation de notre organisme sont dépassées, par exemple en cas de "coup de chaleur". Dans le cas des radiofréquences, l’augmentation de la température des tissus est un des effets biologiques observés.

Epidémiologie

S’agissant des études épidémiologiques menées en population générale, des interrogations subsistent sur la possibilité d’effets à long terme, liés à l’utilisation de téléphones mobiles, pour des utilisateurs intensifs. Ces effets sanitaires concernent le risque de cancer, même si aucun mécanisme biologique explicatif n’a été identifié à ce jour.

Expertises collectives

Dans le cadre d’une expertise collective, un groupe d’experts rédige un rapport ou une évaluation et en adopte collectivement le texte. L’expertise fait mention des éventuelles positions minoritaires. Les experts sont choisis à la suite d’un appel public à candidatures. Ils doivent remplir une déclaration publique d’intérêts afin de s’assurer de leur indépendance vis à vis du sujet traité.

Pour aboutir à des conclusions solides, il est nécessaire d’examiner les apports et conclusions de l’ensemble des études disponibles. Il faut aussi s’assurer, d’une part que ces études ont été réalisées avec une méthodologie rigoureuse, et d’autre part qu’elles ont été reproduites par des équipes de recherches différentes, afin de réduire les biais expérimentaux. Les expertises collectives, qui répondent à des exigences de qualité strictes, permettent de les évaluer et d’en tirer des conclusions de portée plus générale. Les expertises collectives françaises sur les risques sanitaires liés aux radiofréquences sont conduites par l’Anses et sont consultables sur le site de l’agence : https://www.anses.fr/fr/content/radiofr%C3%A9quences-et-sant%C3%A9-0?page=1

La plus récente expertise collective relative aux effets sanitaires des radiofréquences « Radiofréquences et santé » a été publiée en octobre 2013 par l’Anses. Le rapport d’expertise et l’avis de l’agence sont accessibles sur le site internet de l’Anses :

Les conclusions de l’évaluation des risques publiés en 2013 ne mettent pas en évidence d’effets sanitaires avérés.

Néanmoins, l’expertise fait apparaitre, avec des niveaux de preuve limités, différents effets biologiques chez l’Homme ou chez l’animal dont certains avaient déjà été rapportés en 2009 : ils peuvent concerner le sommeil, la fertilité mâle ou encore les performances cognitives. Des effets biologiques, correspondant à des changements généralement réversibles dans le fonctionnement interne de l’organisme, peuvent ainsi être observés, comme dans le cas d’expositions aux différents stimuli de la vie quotidienne. Cependant les experts de l’Agence n’ont pu établir un lien de causalité entre les effets biologiques décrits sur des modèles cellulaires, animaux ou chez l’Homme et d’éventuels effets sanitaires qui en résulteraient. 

En matière de maîtrise des niveaux d’exposition l’agence recommande dans son avis :
‐ de réduire l’exposition des enfants en incitant à un usage modéré du téléphone mobile et en privilégiant de plus le recours au kit main-libre et aux terminaux mobiles de DAS les plus faibles ;
‐ pour les adultes utilisateurs intensifs de téléphonie mobile (en mode conversation), de recourir au kit main-libre et aux terminaux mobiles de DAS les plus faibles ;
Elle demande :
‐ que les conséquences d’une éventuelle multiplication du nombre d’antennes-relais dans le but de réduire les niveaux d’exposition environnementaux sur l’exposition des personnes aux radiofréquences émises par les téléphones mobiles fassent l’objet d’un examen approfondi ;
‐ que le développement des nouvelles infrastructures de réseaux fasse l’objet d’études préalables en matière de caractérisation des expositions, en tenant compte du cumul des niveaux existants et de ceux qui résulteraient des nouvelles installations, de manière à favoriser la concertation autour des nouvelles implantations ou modifications d’émetteurs ;
‐ de documenter les situations des installations existantes conduisant aux expositions du public les plus fortes et d’étudier dans quelle mesure ces expositions peuvent être techniquement réduites.

Classement du CIRC

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé les champs électromagnétiques radiofréquences « cancérogènes possibles » (Groupe 2B) en mai 2011 http://www.iarc.fr/fr/media-centre/pr/2011/pdfs/pr208_F.pdf.
Le Groupe de Travail n’a pas quantifié ce risque.
Les données ont été passées en revue de façon critique, et évaluées dans leur ensemble comme étant limitées chez les utilisateurs de téléphones sans fil pour le gliome et le neurinome de l’acoustique, et insuffisantes pour être concluantes pour les autres types de cancers.

En 2013 le CIRC a publié la monographie relative à l’évaluation des risques cancérogènes liés aux radiofréquences (30kHz à 300 GHz) : http://monographs.iarc.fr/ENG/Monographs/vol102/index.php

Position de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur les radiofréquences et la santé

L’OMS publie depuis plusieurs années des aide-mémoire et des documents d’information relatifs aux radiofréquences. Il est possible de les consulter sur le site internet de l’OMS http://www.who.int/peh-emf/fr/ .

L’étude "INTERPHONE"

https://www.iarc.fr/fr/media-centre/pr/2010/pdfs/pr200_F.pdf

L’étude Interphone est une étude épidémiologique internationale qui visait à déterminer si l’utilisation de téléphones mobiles accroît le risque de cancer et si les champs électromagnétiques de radiofréquences émis par les téléphones mobiles sont cancérogènes.
Elle a été coordonnée par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) et a été initiée en 1999. Cette étude rassemblait une série d’études cas-témoins réalisées avec un protocole central commun par 13 pays : Allemagne, Australie, Canada, Danemark, Finlande, France, Israël, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et Suède. Elle a concerné l’étude d’environ 2700 gliomes, 2400 méningiomes, 1100 neurinomes de l’acoustique, 400 tumeurs de la glande parotide ainsi que les témoins respectifs.

Principaux résultats :
• Il existe une légère réduction du risque des tumeurs étudiées chez les personnes ayant utilisé régulièrement le téléphone mobile pendant un an ou plus, par rapport aux non-utilisateurs ; il est probable que ceci soit dû à un biais dans l’étude ;
• Il n’existe pas d’augmentation du risque de ces tumeurs dix ans ou plus après le début de l’utilisation du téléphone mobile ;
• Il existe une augmentation du risque de gliome pour les utilisateurs les plus intensifs du téléphone mobile ; cependant, dans ce groupe certains utilisateurs atteints de gliome ont rapporté des valeurs probablement aberrantes d’utilisation (12 heures par jour pendant 10 ans ou plus), ce résultat doit ainsi être interprété avec prudence.